Un échange fructueux

Le 25 novembre a eu lieu à Treyvaux une journée de rencontre entre trois directrices et une assistante de recherche de la Commission indépendante d’experts (CIE) internements administratifs et le groupe Chercheurs d’histoire

En introduction, Nelly Schenker, militante2 Quart Monde, a rappelé l’enjeu : « Je voudrais en savoir plus sur ce que les chercheurs font de notre histoire, car elle se poursuit aujourd’hui de la même façon que depuis toujours. Oui, je trouve important que cela devienne connu, mais pas sans nous qui vivons encore, et pas seulement à travers des documents que les tuteurs ont écrits sur nous sans nous connaître. »

Les historiennes ont alors expliqué en détail comment elles travaillaient, à partir de documents, d’articles de presse, d’interviews de personnes concernées par les mesures de coercition (jusqu’en 1981).

Lecture à la Médiathèque de Saint Maurice (25 sept 2017)

Nelly Schenker a vécu les premières années de son enfance avec sa mère dans une cave de la Basse-Ville de Fribourg. Puis placée en foyer, contre son gré on ne lui a pas donné le droit et la chance de suivre une scolarité. Avec un courage constant, elle a tenté de s'échapper de l’emprise de la pauvreté.

Un jour elle a rencontré ATD Quart Monde et elle s’y est activement engagée aux côtés de personnes de tous milieux luttant ensemble contre l’injustice qu’est la pauvreté. C’est dans cette dynamique qu’elle a notamment rencontré Ruth Dreifuss, alors présidente de la Confédération.

Pendant sept années, avec le soutien de Noldi Christen, volontaire permanent du Mouvement, Nelly Schenker a travaillé à l’écriture de ses mémoires.

Page de la médiathèque du Valais avec l'enregistrement de la soirée lecture


Dialogue avec des historiennes

Le 15 septembre dernier, nous recevions au centre national d’ATD Quart Monde à Treyvaux trois historiennes de la Commission Indépendante d’Experts (CIE) chargée de réaliser une étude sur les internements administratifs avant 1981.

Nous étions une vingtaine, militants, alliés et volontaires, du groupe « Chercheurs d’histoire pour l’avenir des enfants », à nous être préparés à cette rencontre en étudiant le programme de cette recherche qui a démarré en février dernier. Elle a pour but de sonder les lois et les pratiques de cette période douloureuse pour de très nombreux enfants et adultes dont une partie vivent encore.
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Nous avons salué l'adoption le jour même par le Conseil des États d’une loi visant à reconnaître et réparer l’injustice faite aux victimes des mesures de coercition à des fins d’assistance et des placements extra familiaux antérieurs à 1981. Cette loi entrera en vigueur le 1er avril 2017. L’un de nous a suivi attentivement les débats. Parmi les diverses argumentations des conseillers qui ont pris la parole, nous relevons celle-ci : « Aujourd’hui encore ce sont les pauvres qui sont le plus menacés par la dénégation des droits. La loi qui découlera de notre décision doit nous rappeler cela ».
Plusieurs membres de notre groupe ont vécu ces abus dans le passé. D’autres se questionnent dans leur pratique professionnelle face à la répétition des placements de génération en génération.
L’interview filmée, poignante, d’un militant absent ce 15 septembre ainsi que les affiches faites à partir de certains éléments de la recherche, ont fait ressortir plusieurs points qui nous tiennent à cœur.
Cette question posée par une militante a été centrale: « Quelle histoire commune avec chaque histoire qui est unique ? » Nous avons insisté pour qu’une attention soit portée aux parents des enfants et adolescents placés à l’époque et que la pauvreté soit nommée comme cause et non seulement comme conséquence de l’internement.

Nos invitées, Anne-Françoise Praz, Loretta Seglias et Joséphine Métraux, nous ont montré combien elles sont attentives dans la consultation des sources à discerner la résilience des internés. Elles la découvrent en particulier dans des lettres écrites par eux et jamais envoyées, retenues par l’administration !

« On repart de cette rencontre avec un peu plus encore de sens critique envers les étiquettes qu’on verra dans les documents... Une partie de notre mandat est de communiquer  par des échanges comme nous le faisons aujourd’hui sur la pauvreté, pour recueillir les informations... et tout au long de la recherche pour faire comprendre comment nous travaillons... »

Suite à cette rencontre, deux membres de notre groupe ont participé, le 24 octobre, à un échange organisé par la CIE à Berne, sur le rôle de la diffusion des résultats scientifiques, ainsi que sur les différents projets de diffusion prévus par la Commission.

Caroline Petitat

Consultez aussi les articles sur le site web de la CIE internements administratifs:

- Opens external link in new windowsur la rencontre du 15 septembre 2016 à Treyvaux

- Opens external link in new windowsur l'échange du 24 octobre 2016 à Berne

Documentation

Vous trouvez ci-dessous une selection de publications qui mettent en lumière le courage, la résistance et le combat des personnes et familles très pauvres en Suisse face au mépris, à l'assistance coercitive et au placement :

Saisir la chance offerte par la reconnaissance de l'injustice subie

Réfléchir avec les enfants à ce chapitre de notre histoire

Vidéo

  • Contribuer à écrire l'histoire du pays. 60 ans d'existence et de combat pour réhabiliter l'histoire des pauvres en Suisse, 13'38, bilingue, français-allemand, avec sous-titres, Realisation: ATD Vierte Welt, 2015. (Diffusion limitée - s'adresser au Opens internal link in current windowsecrétariat national)

Une longue histoire de courage, de résistance et de combat

Réparer l'injustice : Une contribution au débat

Un an après l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur les mesures de coercition à des fins d'assistance et les placements extrafamiliaux antérieurs à 1981, Opens external link in new windowle groupe « Chercheurs d’histoire pour l’avenir des enfants » publie un bilan intermédiaire de ses travaux.

La reconnaissance publique de l’injustice vécue les a mis en route : personnes concernées, hommes et femmes touchées par la pauvreté aujourd’hui, personnes solidaires. Depuis quatre ans, ils se retrouvent régulièrement et en dialogue avec des professionnels, des chercheurs et des politiciens. Parmi les thèmes abordés : la contribution de solidarité, l’accès aux dossiers, les recherches historiques, le lien entre le passé et le présent. Alors que la fin du délai pour l’accès à la contribution de solidarité approche, ils tiennent à rendre publics les enseignements et pistes qu’ils ont tirés de ces échanges. Un document de travail intitulé « Ensemble, nous refusons la misère : notre histoire doit servir pour que les choses changent » est désormais disponible.

Initiates file downloadCliquez ici pour télécharger ce document.

Chercheurs d'histoire pour l'avenir des enfants

L'intérêt que la Suisse porte actuellement à la compréhension historique de l'internement administratif, et des autres mesures de coercition à but d'assistance est une chance à saisir. Enfin, le pays reconnaît ces violences et mène une Opens external link in new windowétude scientifique ! Suite à la Opens external link in new windowcommémoration du 11 avril 2013 à Berne, un groupe d’une quinzaine de personnes s’est constitué. Il poursuit trois objectifs:

  • Soutenir et accompagner les personnes en situation de pauvreté dans leurs démarches pour comprendre leur histoire individuelle, familiale et collective.
  • Contribuer à écrire et comprendre l’histoire du pays à la lumière de ce qu’ont vécu et vivent encore les familles en situation de grande pauvreté.
  • Retracer une partie de l'histoire collective du refus de la misère et la situer dans l'histoire du pays.

En 2017, nous poursuivons le dialogue avec les historiens de la Opens external link in new windowCommission indépendante d'experts (CIE) internements administratifs.

Initiates file downloadCliquez ici pour trouver une présentation des travaux réalisés entre avril 2013 et août 2017.

Jeanpierre Beyeler, couverture du livre "Des Suisse sans nom. Les heimatloses d'aujourd'hui", gouache, 22x26 cm, 1984.

Pauvreté et moralité

« Les plus pauvres ont toujours été de mauvais pauvres, et cela non pas pour des raisons de mauvaise moralité congénitale, comme l’humanité se le répète, de siècle en siècle. Ils ont été, et sont encore, de mauvais pauvres, parce qu’en dessous d’un certain seuil de  pauvreté,  il  n’est  pas  possible  de  vivre  selon  les  normes  de  bonne  conduite  de  la  communauté environnante. »

Joseph Wresinski, 1981