Rencontre sur le droit à la vie familiale

Une délégation du Mouvement ATD Quart Monde Suisse a participé au séminaire européen sur le droit à la vie familiale. Une première étape vers la rencontre mondiale publique en 2020.

Il y a 60 ans Joseph Wresinski affirmait : « La famille est le dernier rempart contre la misère »

Les 20 et 21 avril derniers, une délégation de cinq membres du Mouvement ATD Quart Monde Suisse s’est rendue au centre international à Méry sur Oise pour prendre part au séminaire européen sur le droit à la vie familiale. Les autres pays représentés étaient les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et le Luxembourg.

Cette rencontre était le début d’un dialogue qui durera plusieurs années pour imaginer des pistes d’amélioration dans le droit à la vie familiale. Aujourd’hui, le Mouvement sent qu’il est nécessaire de mieux connaître la réalité de chaque pays pour se donner de la force dans ce combat qui peine à avancer. Le travail entrepris est une première étape qui aboutira à une rencontre mondiale publique en 2020.

Deux parents d’Angleterre dont les enfants sont adoptés ont dit leur combat : « Vous êtes comme scrutés au microscope par les services sociaux... il ne faut pas abandonner une famille au moment où son enfant est adopté ». Tom, volontaire, a dit qu’ils n’arrivent pas à parler aux politiciens, mais rencontrent des universitaires qui trouvent cette réalité injuste, et ils sont écoutés dans des formations de travailleurs sociaux.

Opens external link in new windowEn Belgique, depuis 20 ans, un groupe de dialogue existe entre des parents qui ont des enfants placés et des travailleurs sociaux, des personnes de l’administration en lien avec le ministre. Ils ont fait un film, une exposition et bientôt un livre.*

L’intervention de la délégation suisse a porté sur les excuses faites par l’Etat aux plus de 100 000 enfants arrachés à leurs familles avant 1981, placés de force dans des orphelinats ou chez des paysans. Ces excuses de la Suisse sur son passé, et la recherche historique entamée, créent de l’espoir pour les autres pays.
Caroline Petitat

Voici ce que les délégués suisses ont particulièrement retenu des autres pays :

« On a réussi à se parler. Cinq pays, cinq langues différentes. Le soir, Seamus, de Grande-Bretagne, nous a fait chanter, danser ! »

« Je ne savais pas qu’il y avait des assistantes sociales et des enfants placés et aussi des familles d’accueil dans certains pays comme l’Angleterre et les Pays-Bas. Ce n’est pas seulement en Suisse. »

« En Angleterre les enfants sont adoptés et aux Pays-Bas ils regardent le passé des gens ».

« Ça m’a vraiment touché cette famille des Pays-Bas à qui on a enlevé ses trois enfants, même le bébé de 13 jours ! Ce n’est pas humain.
Chez nous, en Suisse, il y a aussi la protection de l’enfance et ils se mettent ensemble avec l’assistante sociale. C’est eux qui décident et commandent pour mettre les enfants dans les foyers. Mais pas nous. Nous on ne doit rien dire. »

C’était comme un temps de « vacances formation »

Depuis plusieurs années ATD Quart Mode invite ses membres à un Séminaire d’été. Cette année il a eu lieu au nord de l’Allemagne dans le Uckermark dans la maison d’ATD Quart Monde, « Haus Neudorf ». La trentaine de participants venaient d’Allemagne, du Luxembourg, de France et de Suisse.

Ils étaient nombreux à apprécier de pouvoir laisser de côté leurs soucis quotidiens durant une semaine et tous étaient heureux de pouvoir dialoguer avec d’autres dans un respect mutuel. Les participants ont cherché des moyens de transport avantageux. De Suisse nous sommes partis avec le train de nuit pour Berlin et au retour nous avons choisi le bus.

A Neudorf la maison était pleine. Certaines chambres étaient occupées par sept personnes, mais malgré cela tout s’est bien déroulé ! Heureusement que Norbert, le « maître de maison » avait toujours une solution aux problèmes qui pouvaient se poser. Kerstin, une femme de la région, assumait les repas de midi et le soir c’était au tour des participants au séminaire de faire valoir leurs talents culinaires. Pour la vaisselle, il y avait toujours des mains disponibles.  (continuer la lecture)

Tous les matins nous lisions une histoire dans les deux groupes qui partageaient les personnes de langue allemande et française. Ces textes permettaient toujours un échange d’idées et nous propulsaient dans le thème de la semaine : Culture et pauvreté. La culture, c’est quoi pour moi ? Pour faciliter la discussion, on nous demandait de choisir une photo et d’exprimer ce qu’elle nous évoquait. Dans des ateliers dits « WorldCafé », nous avons abordé le thème de la culture et de ses obstacles dans les divers domaines de la vie. À un autre moment, nous avons choisi un objet pour exprimer quelles valeurs culturelles nous voulions transmettre. Un matin des participants ont présenté un projet qu’ATD Quart Monde mène dans leur ville.
Le dernier jour nous avons chargé un vélo décoré avec toutes les suggestions intéressantes et positives que nous voulions emporter avec nous.

Les après-midi nous avions, sous une conduite experte, la possibilité de nous initier à la poterie, de manier le ciseau autour d’une sculpture, de cueillir les petits fruits au jardin ou de préparer le repas du soir. Gabi, une participante suisse, nous a appris à faire des fleurs avec du fil et du papier.. Celles et ceux qui avaient bon pied partaient volontiers pour une promenade jusqu’au lac et chaque jour, à tour de rôle, un groupe partait en excursion dans les environs.
Le dernier soir nous sommes restés encore longtemps à dialoguer et chanter dans plusieurs langues autour du feu après la grillade du repas du soir. Sur le chemin du retour, notre groupe suisse a pu visiter un peu Berlin.

Nous étions tous unanimes pour dire que nous avions passé une excellente semaine. Tous ont traité les autres avec égards et se sont montrés serviables.

Rétrospectivement, Ursula de Bâle nous dit : « J’étais charmée par la beauté des environs de Haus Neudorf. Pour certains ce lieu serait trop isolé, mais moi j’aimais bien m’y promener. J’étais heureuse de dialoguer avec des gens d’ailleurs, des gens qu’on ne connaît pas encore. Cela nous permet de nous exprimer autrement. J’ai beaucoup aimé l’histoire de la cruche fêlée qui perdait de l’eau et qui, justement à cause de cette imperfection, permettait aux fleurs de pousser le long du chemin. Quelque chose de beau peut jaillir d’une imperfection, du nouveau peut naître de quelque chose de brisé ! »                                                                        Johanna Stadelmann

Quelqu’un a dit : « Chez ATD Quart Monde ont n’est pas seulement contre quelque chose, mais on est aussi pour quelque chose. Pour que chaque personne puisse participer et s’exprimer. Cela nous l’avons pratiqué cette semaine. »

Henryk, un homme silencieux de Berlin a dit : « C’était comme des « vacances formation ». J’ai surtout aimé être stimulé intellectuellement. Chacun a apporté quelque chose, chacun a contribué au résultat final. Gisela, de Berlin également, a ajouté :  « Nous avons parlé tous ensemble, personnes touchées par la pauvreté ou non. Cela donne de l’espoir. »

L'Université populaire Quart Monde

L'exclusion des personnes en grande pauvreté les empêche souvent de créer un dialogue constructif dans leur famille, avec les enseignants, les travailleurs sociaux, les lieux de participation. L'Université populaire Quart Monde est un lieu de formation à l'expression et au dialogue entre des personnes en grande pauvreté et d'autres citoyens, notamment des spécialistes des questions abordées. Elle part de la valorisation de l'expérience de vie des plus pauvres.

Ce dialogue donne des forces et des moyens nouveaux aux plus pauvres pour avoir une place dans la société et soutenir les projets d'avenir des jeunes les plus en difficultés. Il permet aussi aux citoyens de s'engager aux côtés des plus pauvres pour favoriser leur insertion dans la société.

L'Université populaire ce sont des groupes de préparation se réunissent régulièrement à Bâle, Genève, Fribourg, Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Zurich. Ils rassemblent 120 personnes.

Les universités populaires Quart Monde permettent le croisement des savoirs

 

 

La stratégie nationale contre la pauvreté et l'exclusion sociale

A l'Université populaire Quart Monde, dans des groupes de réflexion, en collaboration avec d'autres organisations… ATD Quart Monde élabore sa participation à la mise en place et l'évaluation de la Stratégie nationale contre la pauvreté et l'exclusion sociale initiée par la Confédération.


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