Ce qu’ATD Quart Monde m’a appris

Carole Maubert Stamm, alliée du Mouvement depuis 28 ans partage avec nous comment la participation de tous se gagne par la confiance, la persévérance et un engagement dans la durée.

Après un an dans le volontariat d’ATD Quart Monde en 1992, Carole Maubert choisit de vivre son engagement auprès des plus pauvres à travers son métier d’enseignante puis comme psychologue.

Quel a été votre premier apprentissage lors de ce stage ?
J’ai été marquée par ma rencontre avec une famille vivant en forêt ; un couple et deux enfants de 4 ans et 18 mois. Le père, ferrailleur, laissait brûler le feu à l’extérieur pour pouvoir travailler. La maman s’occupait des enfants. Ils habitaient une cabane exigüe où seul un lit était accessible pour accueillir les deux enfants, l’autre était réinstallé chaque soir, faute de place. L’assistante sociale constatait l’absentéisme de leur fille ainée à l’école et le retard de développement de la marche du cadet ; elle pensait donc que les parents ne soutenaient pas leurs enfants tant sur le plan du projet scolaire que des stimulations éducatives. La mère, elle, décrivait sa vie autrement ;

elle avait accès à l’eau ponctuellement par le biais de la borne des pompiers, la lessive était donc aléatoire et elle tenait à envoyer sa fille propre à l’école car elle voulait éviter les moqueries et le rejet. Pas d’eau, pas d’école ! Concernant son cadet, elle le portait constamment dans ses bras par peur des dangers (feu à l’extérieur, forêt, branches) alors manque de stimulations ou protection ? Des faits identiques, des regards bien différents. J’avais 20 ans et j’ai appris que la réalité n’existe pas car elle est construite par nos regards, nos filtres. Afin de comprendre au mieux une situation, il est nécessaire de croiser les regards, une seule vision ne donne pas raison. Pour avoir accès à la compréhension de cette famille, il a fallu d’abord se lier, établir la confiance. Sans elle, personne ne s’ouvre, ne montre ses failles, ni ses ressources, par peur du jugement, des enjeux ou de la honte.

Qu’est-ce que ces années à ATD Quart Monde vous ont appris ?
Riche des paroles et des réflexions des familles en situation de pauvreté, je tente au quotidien de mettre en œuvre des pratiques respectueuses des personnes. Ce qui est vite pensé, énoncé, ce qui semble une évidence – ce qui part souvent d’une bonne intention des professionnels pour résoudre une situation – peut très vite être perçu comme une interférence injuste et violente par les familles concernées. La démarche d’offrir un regard bienveillant, non jugeant, demande une vigilance de tous les instants. L’humilité est de circonstance.

Comment favoriser le lien au-delà des mots ?
La participation de chacun ne se décrète pas, elle se cultive, se construit avec le temps pour pouvoir dépasser les silences et les échecs qui ont été souvent monnaie courante dans le vécu d’une famille et d’un réseau de professionnels. Il est nécessaire de comprendre d’où peut partir la famille et travailler à partir de cet état de fait.

Cultiver l’émerveillement
Pour me mettre en situation d’accroître la participation de tous, je cultive l’émerveillement. C’est un chemin d’endurance, de présence et surtout d’espérance : croire en la capacité de chacun, et à fortiori des personnes vivant l’extrême pauvreté, d’être acteur de sa vie. Les heures de partage et de discussion avec les militants, les volontaires et les alliés permettent de nous co-former, d’élargir nos points de vue. De vivre ce laboratoire d’humanité pour créer ensemble une société égalitaire est un privilège. Carole Maubert, Natacha Rostetsky


J’avais 20 ans et j’ai appris
que la réalité n’existe pas
car elle est construite par nos regards, nos filtres.

L’aventure de « l’alliance

 Qu’est-ce qui relie un retraité engagé dans son Conseil communal, une jeune art-thérapeute et un ancien fonctionnaire du Bureau International du Travail ?
Ils se sont rencontrés le 11 mars 2017 au centre national d’ATD Quart Monde à Treyvaux, parce qu’ils ont en commun un élan d’engagement contre la précarité et l’exclusion et pour la dignité de tous.
Pour développer un courant collectif du refus de la misère, nous avons besoin « d’alliés » dans toutes les composantes de la société, qui comprennent et qui soutiennent, là où ils agissent, le combat de notre Mouvement.
Comment peut-on se sentir faire partie d’une équipe lorsqu’on est un « allié» ou un « ami » du Mouvement isolé ? (suite du texte)

Le « groupe de soutien à l’alliance » a organisé le 11 mars dernier une journée de rencontre, afin de pouvoir échanger autour de l’engagement, de resserrer les liens, de partager des expériences et d’exprimer ses besoins pour être soutenu dans son engagement personnel avec le Mouvement ou dans la société. Rita soutient un enfant et une famille en difficulté, Martin accompagne un groupe dans l’accès aux nouvelles technologies et à l’internet, Claude organise des soirées pour mieux comprendre la politique et permettre la participation démocratique de tous. Chaque personne est venue avec sa sensibilité. Aline, art-thérapeute, a partagé dans un petit groupe sa conviction que « l’art doit être accessible à tous ». Montrer à des personnes en grande précarité qu’elles peuvent créer ce n’est pas anodin, on ne se rend pas compte à quel point l’humiliation qu’ils vivent est une violence.

Mais comment devient-on «allié» d’ATD Quart Monde ?
Les futurs « alliés » du Mouvement sont d’abord des citoyens ordinaires de tous milieux que la misère confronte à leur sens de la justice. Le Mouvement leur offre des occasions de vraies rencontres avec des personnes en grande pauvreté, par exemple en participant à une action concrète telle qu’une bibliothèque de rue. Ce qu’ils découvrent les pousse à remettre en cause leurs manières de penser, à regarder le monde « avec les yeux des plus démunis ». « Si certains sont exclus, c’est qu’il y en a d’autres qui les ont exclus ». Ils peuvent alors décider de prendre leurs propres responsabilités dans leurs quartiers, leurs écoles, leurs entreprises, leurs associations, leurs partis politiques, leurs églises, leurs institutions. Essayer de témoigner auprès de leurs «pairs», de toutes sensibilités, qu’il n’y a pas de « cas sociaux », de personnes que l’on peut rabaisser. Etablir des liens là où ils n’existaient pas, se faire interprète des différents discours dans un langage qui respecte chacun, afin que le dialogue devienne possible. Porter la voix du quart-monde1 dans toutes les sphères de la société. L’enjeu est de contribuer à faire changer la société, là où elle exclut les plus faibles. ATD Quart Monde propose à ces « alliés » un cadre pour agir, inscrire son action dans un combat plus large, avec des perspectives, une continuité. Les «alliés» affirment que leur engagement, s’il est exigeant, n’en n’est pas moins une grande aventure qui les transforme et les fait grandir. On n’est pas «allié» d’un seul coup, on le devient chaque jour un peu plus. Le groupe de soutien à l’alliance du Mouvement ATD Quart Monde

Le refus de la misère, c'est l'affaire de tous et c'est tous les jours

Là où vous vivez, vous pouvez lutter contre la grande pauvreté en agissant autour de vous  en soutenant l'action du Mouvement en vous informant

Vous pouvez agir autour de vous...

...... dans votre quartier, sur votre lieu de travail, dans l'école de vos enfants pour

Connaître les situations d'exclusion et les refuser
créer des relations nouvelles avec ceux qui vivent cette exclusion et exercer vos responsabilités de citoyen
Soutenez les efforts des enfants, de leurs parents et des enseignants pour que l'école prépare l'avenir de tous. Permettez à vos enfants d'entraîner et d'accueillir les enfants les plus défavorisés dans leurs activités extra-scolaires. Créer un groupe TAPORI dans votre quartier

Et surtout, ne restez pas seuls. N'hésitez pas à nous contacter nous pouvons vous soutenir dans vos projets et vous faire part de notre expérience.

Soutenez l'action d'ATD Quart Monde

  • en faisant un don ou en encourageant le volontariat par le versement régulier d'une « bourse salaire »
  • en rejoignant quelques heures par semaine ou par mois une action. Les bibliothèques de rue à Bâle et Genève, l'Université populaire Quart Monde à Treyvaux, les groupes et week-ends Tapori, les chantiers de jeunes ont besoin de votre engagement.
  • en assurant chez vous ou dans un des lieux d'ATD Quart Monde des travaux de secrétariat : dactylographie, traductions, classement de documents, gestion et administration

 

Informez-vous

  • en organisant une soirée d'information ou une conférence avec des membres d'ATD Quart Monde dans votre ville, votre village, votre quartier, votre école, votre université, votre église, vos associations, votre cercle d'amis.

Exercez vos responsabilités de citoyen engagé

  • Défendez les intérêts des plus défavorisés dans votre commune et votre canton. Participez aux débats politiques et agissez auprès des autorités et des élus pour promouvoir les droits pour tous.
  • Veillez à l'accueil des plus démunis dans vos associations locales. Donnez-leur la parole; écoutez leur point de vue et faites en sorte qu'ils soient entendus et respectés
  • Défendez les travailleurs très défavorisés dans vos engagements professionnels et syndicaux. Empêchez leur licenciement; défendez leurs droits; aidez-les à acquérir formation et qualification.
  • Soutenez les efforts des enfants, de leurs parents et des enseignants pour que l'école prépare l'avenir de tous. Permettez à vos enfants d'entraîner et d'accueillir les enfants les plus défavorisés dans leurs activités extra-scolaires. Faites connaître TAPORI.
  • Soutenez les personnes et familles les plus défavorisées dans votre voisinage. Témoignez de leurs forces, de leur courage et de leur espoir en écrivant au Mouvement ATD Quart Monde.
  • Faites connaître les propositions du rapport Wresinski pour une lutte globale, cohérente et prospective contre la pauvreté. Réfléchissez dans vos cercles d'engagement comment adapter ces propositions aux réalités de notre pays.